Points autobiographiques
Je me rappel, cette vision récurrente surgit du passé ; presque aussi loin que je puisse me souvenir.
Je suis derrière la fenêtre d’une voiture, dehors il fait nuit et la pluie qui cogne, roule de part et autre de la vitre. Les lumières de la ville et des lampadaires sur la route ce réfléchissent sur la peau granuleuse des bâtiments, l’atmosphère de couleur rouge ponctuée de sources orangées.
Je me rappel, cette imposante structure de béton complètement nue, envahissant mon champs de vision à travers le cadre serré de la portière.
Cette image c’est gravé durablement pour devenir au fil du temps, une “apparition”. Un fantôme qui surgit sans prévenir, agit et déclenche en moi la fascination.
Les “apparitions” ce succédèrent, ce superposant parfois les unes aux autres créant les images mentales qui m’habitent aujourd’hui. Séduit par une forme de sublimité de l’industrie à la manière d’un futuriste des derniers jours. Séduit par ces trains et la culture quotidienne qui s’y attache ; les voyages, les gares, les horaires et les flux de passagers. Photographie, vidéos, mass-médias et productions sonores sont des ingrédients privilégiés pour des œuvres qui méditent sur la conception du temps et de l’espace, telle que vécu par les sujets humains pris entre un passé industriel et un présent électronique.
Je me rappel, très tôt, en mon plus jeune age la nécessité d’échapper au quotidien. Regardant loin l’embarquement des trains qui se perdent dans le réseau ferroviaire qui veine à travers Paris et sa banlieue. Besoin ce manifestant par des rêveries, des absences parfois prolongés dans lesquelles le temps cessait d’être. Les choses flotte, suspendues dans “l’aether” par d’impalpables forces.
Le train a irrémédiablement changé l’expérience du temps et de l’espace. Le voyage en train a forcé le temps à jouer des rythmes nouveaux et variés, tandis que l’espace c’est condensé en points d’arrivés et de départs. Les Grecs comprenaient l’espace comme un volume délimité par certaines limites ; les trains apportent une conception nouvelle, un espace rétréci en points sur un diagramme linéaire, reliés par des mesures de temps plutôt que par des volumes. Une fusion entre l’espace et le temps, tous deux indissociables et expérimentés comme une interpénétration, un flux indivisible.
Mémoire et oubli, disparition et apparition, temps et déconstruction, irréalité, insubstantialité et multiplicité du monde …